KrISS feed 8 - Un simple et superbe (ou stupide) lecteur de flux. Par Tontof
  • Wednesday 07 February 2018 - 09:50

    Alors que le froid revient et que l'hiver semble (enfin) s'installer, on vous parle de cette marque qui conçoit des gants depuis 1927 ! Malgré son nom, RACER est une marque française. Depuis l'entre-deux-guerres, cette compagnie a fait de la ganterie sa spécialité, d'abord dans le domaine du ski, pour ...
  • Wednesday 07 February 2018 - 09:00

    J’avais fait une note sur le sujet à l’époque : Souvenir d’EHPAD #1. J’ai d’autres anecdotes que je raconterai à l’occaz.

  • Wednesday 07 February 2018 - 01:31
    © Olivier Razemon

    Couple et chien à Paris, le 6 février 2018

    Féérique, prodigieux, enchanteur… Sous la neige, loin des difficultés rencontrées sur les réseaux routiers et ferroviaires d’Ile-de-France, Paris jouit pleinement de sa tranquillité. Sur une promenade plantée, un couple profite de l’ambiance ouateuse pour s’accorder une promenade vespérale en jouant avec son chien, tout émoustillé. Une jeune femme s’amuse à amasser la neige qui recouvre une barrière sur le bout de sa moufle. Dans le quartier Oberkampf, derrière la vitre embuée des bars branchés, on perçoit une clameur surexcitée. Sous la neige, Paris s’enivre.

    Mais pas seulement. Dans une ville aussi dense, aussi bouillonnante, autant striée par les transports en tous genres que l’est la capitale, les 2, puis 5 et bientôt 10 centimètres de neige permettent d’effectuer des observations instructives. Voici quelques constats résultant de trois traversées de l’est parisien à pied, mardi 6 février entre 18h et 19h, puis entre 22h et 23h, puis mercredi 7 au matin.

    © Olivier Razemon

    Tant d’espace inutilisé.

    L’espace optimisé. Le « sneckdown«  (des militants de la francophonie ont proposé le terme « améneigement »), est cette partie de la chaussée recouverte de neige qui apparaît comme soustraite à la circulation motorisée. En temps normal, cela ne se remarque pas, mais les voitures, motos et autres camions n’utilisent qu’une partie de la surface qui leur est allouée. Le long des rues, aux angles des carrefours, entre deux voies de circulation se nichent des étendues de taille variable qui pourraient sans dommage être rendues aux piétons, aménagées en pistes cyclables ou en arrêts de bus. Pour en savoir plus, lire ceci.

    © Olivier Razemon

    Ça roule, mais moins vite.

    La circulation ralentie. Ralentie, mais pas à l’arrêt. En fin d’après-midi comme en milieu de soirée, les voitures circulent dans la capitale, mais moins vite que d’habitude, plus régulièrement, autour de 30 km/h environ. On ne constate aucun dépassement intempestif, les limites de sécurité semblent respectées, chaque automobiliste porte une attention particulière à la route et à son véhicule.

    © Olivier Razemon

    Dérapage incontrôlé.

    La prudence des scooters. Vers 18h, les conducteurs des deux-roues motorisés roulent lentement, les deux pieds de chaque côté de leur machine, comme pour prévenir toute glissade. Vers 22h, ils ont pratiquement disparu des rues. Le lendemain matin, même constat. Trop risqué. Paris sous la neige, c’est aussi Paris sans moto.

    © Olivier Razemon

    Le silence de la nuit.

    L’étonnant silence. En conséquence des deux observations mentionnées ci-dessus, la ville est beaucoup moins bruyante que d’habitude. On peut entendre la conversation, les rires et même les pas des passants dans la neige. Paris n’avait pas connu cela depuis longtemps.

    © Olivier Razemon

    Sans hésiter, il trace.

    La ténacité des cyclistes. Malgré l’offensive de l’hiver, certains adeptes du vélo n’ont pas changé leurs habitudes. Cet homme croisé rue du Faubourg du Temple admet que « ça glisse un peu », mais qu’il parvient à se diriger sans difficulté majeure. En soirée, ils sont encore quelques uns à braver les éléments. Et le lendemain matin, on croise encore quelques cyclistes, qui avancent sans difficulté sur le bitume poivre et sel.

    La déconnexion des piétons. Pour patauger dans la fraîche, mieux vaut avoir des chaussures imperméables, des gants fourrés et le pied ferme. Et pour ne pas trébucher, mieux vaut regarder devant soi. Résultat, très peu de personnes se baladent le nez dans leur smartphone, ignorant la foule qui vibrionne autour d’eux, comme ils le font d’ordinaire. La sobriété par accident.

    © Olivier Razemon

    On s’amuse!

    Des enfants surexcités. A la sortie d’une école, ils s’en donnent  cœur joie, attrapent les paquets de neige sur les rebords de fenêtre, les barrières, les poubelles. Font des boules, s’en jettent à la figure en riant. Se cachent derrière les voitures stationnées pour surprendre et être surpris. Sans vraiment faire attention à la circulation. « Attention », dit une femme à son enfant, avenue Parmentier, « les voitures n’ont pas l’habitude de la neige ».

    © Olivier Razemon

    Ca fait un moment qu’un bus n’est pas passé par là.

    La vacance des bus. Avenue Ledru-Rollin, un jeune homme fait mine de se plaindre : « je vais rentrer comment, moi ? Quelques centimètres de neige, et voilà, le bus ne passe pas avant une demi-heure ». Il rentrera à pied. De fait, le réseau de bus francilien, ne fonctionne plus depuis la fin de l’après-midi. Vers 22h30, place de la Bastille, la voie réservée aux bus est vierge de toute trace.

    © Olivier Razemon

    Restaurant ouvert.

    L’absence des livreurs. D’habitude, on en croise à tous les carrefours, cyclistes ou scooteristes, sac sur le dos siglé d’un kangourou bleu ou d’une cloche de restaurant rouge. Ce soir, ils ont pratiquement disparu. Les clients devront se faire à manger de leurs propres mains. Ou aller au restaurant. Ce qui ne représente tout de même pas un effort surhumain dans une ville qui en compte 14000.

    Le colloque qui tombe à point. Et entre ces deux trajets à pied, de 19h à 22h, à la Maison de la RATP, un colloque prévu de longue date, organisé par Libération, se tient sur le thème des transports dans le Grand Paris. La ministre Élisabeth Borne, attendue, s’est fait excuser. Les trains retardés, les routes encombrées, la neige incessante, exigent son attention de tous les instants. Trois tables rondes se succèdent. Comme dans de nombreuses réunions du même type, on parle « ville apaisée », « espace rendu aux piétons », « vitesse maîtrisée », « respect des usagers les plus faibles ». Un avenir riant souhaité par tous les participants, mais qui tarde selon eux à se manifester. Pendant ce temps, au-dehors, grâce à la neige qui tombe sans discontinuer, leurs vœux sont momentanément exaucés.

    Olivier Razemon (l’actu sur Twitter, des nouvelles du blog sur Facebook et d’étranges panneaux sur Instagram).

    A propos de neige, sur ce blog:

    Pourquoi suspend-on les transports scolaires quand il neige? (février 2015)

    La ville intérieure de Montréal, gigantesque espace piéton (janvier 2018)

    Et sinon, vous les déneigez quand, les pistes cyclables (janvier 2013)

    A Montréal, on continue à pédaler, même en plein hiver (janvier 2015)

    Dessine-moi un skieur (février 2014)

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Tuesday 06 February 2018 - 13:59
    Bon, de manière expérimentale, je suis désormais aussi joignable sur Riot.im. Juste histoire de tester.
    Vous pouvez le retrouver dans Riot en cherchant sebsauvage@sebsauvage.net ou @sebsauvage:matrix.org

    PS: Les premiers warnings sur le chiffrement, ça a largement de quoi refroidir n'importe quel nouveau venu.
    PS 2: Je suis assez déçu que le chiffrement ne soit pas actif par défaut.
    (Permalink)
  • Tuesday 06 February 2018 - 10:17
    « Big Business avec Hitler » La collaboration d’une transnationale occidentale avec une entreprise criminelle reconnue comme telle par les dites « grandes démocraties du monde libre » est-elle une exception confirmant la règle Lire la suite...
  • Tuesday 06 February 2018 - 08:32
    Ah, le fameux bilan. Bon, j’avoue, j’ai bien failli ne pas le faire cette année, je manquais de temps pour pouvoir me poser et faire les constats qui s’imposent. Puis je me suis rappelé que j’en fais habituellement un chaque année, il serait dommage de passer à côté. Alors il s’agira sûrement d’un bilan un […]
  • Tuesday 06 February 2018 - 07:42

    Les bibliothèques ont toujours joué un rôle de gardiens de nos biens littéraires. Mais face à la tendance croissante à l’appropriation de la culture par le marché, elles sont peu à peu devenues de véritables ovnis dans le paysage culturel nord-américain.

    Gus Bagakis est professeur de philosophie à la retraite de l’Université d’État de San Francisco. Il revient ici sur ce mouvement destructeur qui vise à transformer les bibliothèques publiques en simples institutions privées à but lucratif.

    Traduction Framalang : paul, Edgar Lori, Mannik, Aiseant, claire, jums, Goofy

    Source : revue en ligne Truth-out : Libraries Under Capitalism : The Enclosure of the Literary Commons

    bibliothèque et nombreux lecteurs

    Photo Steven Ramirez (Domaine public)

     

    L’une des institutions les plus subversives des États-Unis,

    c’est la bibliothèque publique.

    – Bell Hooks

    Nos biens communs littéraires des bibliothèques publiques sont peu à peu mis sous cloche et deviennent inaccessibles au public à cause d’une série de lois de nos gouvernements – à la fois locaux, nationaux et fédéraux – qui s’inclinent devant les diktats et les priorités des entreprises. La bibliothèque publique est l’un des rares endroits où les gens peuvent entrer gratuitement, accéder gratuitement aux documents et y séjourner sans devoir acheter quoi que ce soit. La valeur des bibliothèques publiques ne réside pas seulement dans les documents qu’elles prêtent ou dans le modèle non commercial qu’elles incarnent, mais aussi dans le bien commun qu’elles représentent : un endroit public qui offre aux citoyens des espaces intellectuels libérés, propices aux dialogues et à l’organisation de la communauté.

    Les bibliothèques sont en train de passer d’un modèle de service public à celui d’entreprises à but lucratif, ce qui conduit à la destruction d’un espace public.

    En riposte à cet emprisonnement, le New York Times plaide pour des moyens supplémentaires en faveur des bibliothèques. Le quotidien de la Grosse Pomme présente les bibliothèques comme des lieux où les enfants pauvres viennent « apprendre à lire et à aimer la littérature, où les immigrés apprennent l’anglais, où les chômeurs perfectionnent leurs CV et lettres de motivation, et où ceux qui n’ont pas accès à Internet peuvent franchir le fossé numérique… Ce sont des refuges pour penser, rêver, étudier, lutter et – c’est le cas de nombreux enfants et personnes âgées – pour être simplement en lieu sûr, à l’abri de la chaleur. »

    Un article de la revue Public Library Quarterly intitulé « Les bibliothèques et le déclin de l’utilité publique » ajoute : « [les bibliothèques] contribuent à rendre possible la sphère démocratique publique ». L’auteur alerte également sur le fait que les bibliothèques sont en train de passer d’un modèle de service public à celui d’entreprises à but lucratif qui entraînent la destruction d’un véritable espace public.
    Nous avons besoin de moyens supplémentaires pour permettre aux bibliothèques publiques de survivre. Nous devons empêcher la transformation de nos bibliothèques, institutions culturelles, éducatives et communes, en entreprises privées. Afin de comprendre plus clairement d’où viennent ces problèmes, nous devons d’abord comprendre comment les bibliothèques ont historiquement été influencées par le capitalisme.

    Les bibliothèques comme système de contrôle social

    Lorsqu’on étudie le développement et le déclin des bibliothèques publiques, on constate que les changements sont souvent imputables à l’objectif premier du capitalisme : le profit. Si quelque chose évolue défavorablement – autrement dit, si une chose menace la possibilité de profit – celle-ci devient un bouc émissaire opportun pour réduire les moyens dans les budgets des administrations locales, nationales ou fédérales. Les bibliothèques publiques, l’éducation publique et l’espace public représentent trois victimes actuelles de l’influence du capitalisme car elles sont devenues des « dépenses inutiles » qui entravent l’accroissement des profits.

    Afin de contextualiser notre étude, rappelons que le capitalisme est un système économique fondé sur une main-d’œuvre salariée (travail contre salaire), la propriété privée ou le contrôle des moyens de production (usines, machines, exploitations agricoles, bureaux) et la production de marchandises en vue d’un profit. Dans ce système, un petit nombre de personnes qui travaillent pour de très grandes entreprises utilise sa puissance financière et politique pour orienter les priorités, les financements et les mesures gouvernementales en fonction de leurs propres intérêts. Même si le capitalisme a connu des évolutions, l’une de ses composantes demeure inchangée : la lutte pour la richesse et le pouvoir qui oppose les entrepreneurs et les travailleurs. Dans la mesure où les entreprises capitalistes possèdent l’argent et le pouvoir, on peut soutenir qu’elles contrôlent la société en général.

    Mais en période de dépression, la classe ouvrière, bien plus nombreuse, souffre et réagit ; elle s’organise et se bat pour de meilleures rémunérations, davantage de bénéfices et de puissance. Ainsi, la réaction des travailleurs face à la Grande Dépression qui a conduit au New Deal de Franklin D. Roosevelt dans les années 1930, a permis de réguler le capitalisme, pour mieux le préserver. La rébellion des travailleurs était due en partie à une répartition excessivement inégale des richesses durant cet Âge d’Or, période où la classe capitaliste accumulait une richesse considérable aux dépens des travailleurs. Un contexte d’inégalité d’ailleurs semblable à celui que nous vivons aujourd’hui, à l’ère de notre Nouvel Age d’Or.

    Ce conflit entre les patrons et les travailleurs transparaît aussi dans l’histoire des bibliothèques publiques. Les bibliothèques font partie d’un système de contrôle social : elles fournissent des ressources et une éducation aux immigrants. Quand les patrons encouragent la création de bibliothèques, c’est qu’ils les voient comme terrain d’essai pour immigrés au service de leur industrie. Par exemple, à Butte Montana, en 1893, la nouvelle bibliothèque Carnegie a été présentée par les propriétaires de mines comme « un antidote au penchant des mineurs pour la boisson, les prostituées et le jeu » et comme un moyen de favoriser la création d’une communauté d’immigrés afin de limiter la rotation du personnel.

    Andrew Carnegie, capitaliste philanthrope en son temps, offre un bel exemple de la volonté de la classe capitaliste de maintenir le système de profits et d’empêcher une révolte ouvrière. Dans son article « Le Gospel de la Richesse », publié en 1889, il défend l’idée que les riches peuvent diminuer la contestation sociale par le biais de la philanthropie. Il est préférable selon lui de ponctionner les salaires ouvriers, collecter les sommes puis les redistribuer à la communauté. S’adressant aux ouvriers avec condescendance, Carnegie expliquait : « Si j’augmente vos salaires, vous allez dépenser votre argent pour acheter une meilleure pièce de viande ou plus de boissons. Mais ce dont vous avez besoin, même si vous l’ignorez, ce sont mes bibliothèques et mes salles de concert ».

    La générosité de Carnegie était bien comprise : diminuer les possibilités de révolte ouvrière et maintenir ou augmenter ses propres profits. Certes c’était un homme généreux, mais il n’était pas vraiment impliqué dans un changement de société, comme il l’a démontré par ses multiples actions autour de la ségrégation. À l’époque de la ségrégation raciale, les Noirs n’avaient généralement pas accès aux bibliothèques publiques dans le Sud des États-Unis. Plutôt que de favoriser l’intégration raciale dans ses bibliothèques, Carnegie a fondé des bibliothèques distinctes pour les Afro-Américains. Par exemple, à Houston, Carnegie a ouvert la Bibliothèque Carnegie pour Personnes de Couleur en 1909. Même si l’on doit reconnaître néanmoins sa générosité dans la construction de plus de la moitié des bibliothèques sur le territoire des États-Unis avant 1930. En outre, les bibliothèques se sont multipliées en réponse au besoin d’éducation publique, notamment pour les quelque 20 millions d’immigrés arrivés dans le pays entre 1880 et 1920,dans le but de fournir de la main-d’œuvre bon marché et de soutenir le système capitaliste.

    Dans notre monde régi par le capitalisme, les guerres sont presque toujours le fait de deux classes dirigeantes (ou davantage) qui se disputent l’accès à des profits, des ressources ou des territoires. Dans ces luttes, la propagande est un outil précieux. Ainsi, durant la Première Guerre Mondiale, la vocation des bibliothèques a basculé vers une américanisation progressive des immigrés, y compris par l’élimination d’ouvrages « antipatriotiques car pro-Allemands ». Durant la Seconde Guerre Mondiale, par opposition aux autodafés nazis, les bibliothécaires américains ont considéré les livres comme des armes de guerre. Pendant la Guerre Froide (1947-1991), certaines bibliothèques publiques ont également servi d’instruments de propagande pour la politique étrangère du gouvernement fédéral : comme la loi sur l’enregistrement des agents étrangers (Foreign Agents Registration Act, FARA) qui a conduit les bibliothèques à filtrer des documents soviétiques.

    À la même époque, l’association ultraconservatrice John Birch Society dépêchait ses membres dans toutes les bibliothèques publiques du pays pour vérifier si le Livre bleu de l’association était bien disponible dans leurs rayonnages. Ce Livre bleu mettait en garde contre l’ennemi qui s’apprêtait à transformer les États-Unis en état policier communiste et laissait entendre que le Président Eisenhower était un agent communiste. En 1953, au plus fort de la chasse aux sorcières, un membre de la Commission des recueils de textes de l’Indiana a dénoncé l’œuvre Robin des bois comme une œuvre de propagande communiste, et demandé son retrait des écoles et des bibliothèques au prétexte que le héros prenait aux riches pour donner aux pauvres. Fort heureusement, quelques étudiants courageux de l’Université d’Indiana ont résisté et organisé le mouvement de la plume verte (Green Feather Movement) en référence à la plume sur le chapeau de Robin des bois.

    L’offensive économique contre les bibliothèques

    À la fin des années 1970, la formation des travailleurs immigrés n’est plus la préoccupation des entreprises capitalistes car la main-d’œuvre ne manque plus. À partir de ce moment également, le financement des bibliothèques publiques commence à reculer. Après le 11 septembre 2001, la peur s’intensifie dans la population, tout comme s’intensifie la surveillance d’État. L’une des mesures prises par le gouvernement, conformément à la section 215 du Patriot Act, consiste à forcer les bibliothèques à divulguer des informations sur leurs usagers.

    Quelques bibliothécaires courageux protestent, comprenant qu’une telle exigence représente un danger pour les libertés individuelles. Ainsi, l’association des bibliothécaires du Vermont adresse une lettre au Congrès pour s’opposer aux dispositions du Patriot Act concernant les bibliothèques. La propagande des États-Unis face à la montée des tensions au Moyen-Orient pose problème à un certain nombre de bibliothécaires qui s’alarment des symboles hyper-patriotiques affichés dans les bibliothèques juste après les attaques du 11 septembre (affiches, posters, pamphlets). Dans une lettre cosignée faisant état de leurs inquiétudes, ils écrivent : « ce type de communications inhabituelles risque de créer une atmosphère intimidante pour certains usagers des bibliothèques. »

    Dès la fin du XXe siècle et au début du XXIe, la plupart des bibliothèques publiques offrent un espace commun et accueillant, qui encourage l’exploration, la création et la collaboration entre étudiants, enseignants et citoyens. Innovantes, elles combinent des supports physiques et numériques pour proposer des environnements d’apprentissage. En 1982, l’American Library Association (ALA) organise la semaine des livres censurés (Banned Books Week) pour attirer l’attention sur les livres qui expriment des opinions non orthodoxes ou impopulaires et mettent ces ouvrages à disposition de tous les lecteurs intéressés.

    Mais à l’époque, la classe capitaliste est mal à l’aise et craint des « effets de démocratisation » liés à l’activisme des années 1960 : droits civiques, droits LGBTQ, sensibilisation écologique, mouvements étudiants et actions de dénonciation de la guerre du Vietnam. Les milieux d’affaires conservateurs contestent alors le capitalisme régulé hérité du New Deal et introduisent le néolibéralisme, une variante du capitalisme favorisant le libre échange, la privatisation, l’intervention minimum de l’État dans les affaires, la baisse des dépenses publiques allouées aux services sociaux (dont les bibliothèques) et l’affaiblissement du pouvoir de la classe ouvrière. Certains d’entre eux se réfèrent au Mémorandum Powell (1971), une feuille de route destinée aux milieux d’affaires conservateurs pour les encourager à s’élever et se défendre contre une prétendue attaque de la libre entreprise par des activistes comme Ralph Nader, Herbert Marcuse et d’autres qui étaient censés avoir pris le contrôle des universités, des médias et du gouvernement. À l’autre bout du spectre, les internationalistes progressistes de la Commission trilatérale publient un document intitulé La crise de la démocratie (1975), qui suggère que l’activisme des années 1960 a transformé des citoyens auparavant passifs et indifférents en activistes capables d’ébranler les équilibres en place.

    Le ralentissement de l’immigration des travailleurs dans les années 1970 et le stress de l’austérité due à la montée du néo-libéralisme ont provoqué le déclin des services sociaux, dont le système des bibliothèques publiques. Certaines d’entre elles dérivent vers un modèle d’entreprise lucrative qui considère les utilisateurs comme des clients et suivent un modèle entrepreneurial. Elles utilisent les relations publiques, la marchandisation de l’information, l’efficacité, l’image de marque et le mécénat pour augmenter leurs capacités de financements. L’argent qui provenait de taxes locales, nationales et fédérales, indispensable au maintien des services publics, a été transféré dans les poches des sociétés privées, dans l’entretien du complexe militaro-industriel, ou entassé dans des paradis fiscaux. La classe moyenne s’est fait berner par les promesses de réductions d’impôt, parce qu’on lui a dit que la baisse des taxes allait augmenter les dépenses, et donc dynamiser l’économie américaine. Elle a donc suivi, à tort, les grandes entreprises, alors que la perte des institutions publiques nuit à tous sauf aux riches.

    Et pourtant toutes ces attaques contre les bibliothèques publiques ont eu lieu en dépit du fait qu’elles sont un excellent investissement pour les contribuables. Par exemple, une étude de 2007 à propos de la bibliothèque de San Francisco a montré que pour chaque dollar dépensé par la bibliothèque, les citoyens avaient reçu 3 dollars en biens et services.

    Bien qu’utilisées par un nombre croissant de personnes, les bibliothèques ont encore vu leurs moyens diminuer sous l’effet de la récession de 2008. En Californie, les aides d’État pour les bibliothèques ont été complètement supprimées en 2011. La Louisiane a suivi l’exemple de la Californie en 2012. Des coupes budgétaires sévères ont frappé simultanément les bibliothèques publiques de la ville de New York, la bibliothèque de Dallas, celles de l’État du Massachusetts et bien d’autres. Le budget fédéral actuel contient un plan qui élimine l’agence de support des musées et bibliothèques (Institute of Museum and Library Services) dont les ressources ont été progressivement réduites par les administrations précédentes, qu’elles soient démocrates ou républicaines.

    Le renforcement des coupes budgétaires cause l’extinction de nos biens communs littéraires. Alors, comment les défenseurs des bibliothèques publiques peuvent-ils aider celles-ci à survivre et à promouvoir des valeurs démocratiques réelles et une pensée critique ? Tout d’abord, nous devons bien cerner le sort des bibliothèques publiques à la lumière de l’histoire du capitalisme. Ensuite, nous devons nous organiser et mener une lutte pour protéger les bibliothèques publiques comme espaces de lien communautaire et d’action potentielle, contre ce fléau qu’est l’asservissement au capitalisme oligopolistique.

  • Monday 05 February 2018 - 15:53
    Maintenant Microsoft demande à ses utilisateurs de ne pas trop réfléchir !   Je suis mort de rire.
    (Permalink)
  • Monday 05 February 2018 - 11:31
    ◀◀ Premier chapitre ◀ Chapitre précédent (À suivre…)

    Téléchargements :

    Précédemment : La compagnie s’organise chez Zarfolk. L’affaire de la Bibliothèque est médiatisée et les membres de la FNT accusés de terrorisme : récupérer l’Épée devient donc crucial pour la compagnie. Carmalière souhaite ainsi prouver leur innocence et renverser le capitalisme. Loin de partager son optimisme, Barne se rapproche de l’ogre Zarfolk…


    Le lendemain matin, un lundi, ce fut pour Barne une sensation étrange que de ne pas aller travailler. Bien sûr, il lui arrivait de prendre des congés, mais cette fois, c’était différent : il séchait, oui, comme un lycéen attardé. En même temps, s’il avait décidé de se rendre au bureau comme il en avait l’habitude, c’eut été une paire de menottes qui l’y auraient attendu… ainsi que le sourire triomphant de Glormax. La possibilité de se rendre à la police lui semblait de plus en plus abstraite à mesure qu’il énumérait les conséquences d’une telle décision.

    Malgré cela, il prenait un soin tout particulier à ne pas participer aux petites réunions du groupe. Les autres – Pod, surtout – prenaient un plaisir non dissimulé à jouer aux conspirateurs, à dialoguer à voix basse alors même qu’il n’y avait personne pour les espionner aux alentours. Cette ambiance réjouissait de toute évidence Carmalière, aussi Barne était-il fermement décidé à ne pas lui faire le plaisir de s’y joindre.

    Si Zarfolk avait spécifiquement dit à Barne qu’il serait le bienvenu s’il souhaitait rester, il apparut rapidement à ce dernier qu’il n’était de toute façon pas dans les manières de l’ogre de mettre ses invités dehors. Pendant les jours qui suivirent, la compagnie resta à l’abri de la maison et profita du confort et du garde-manger de Zarfolk sans que cela n’ait l’air de le déranger. Certes, il se querellait régulièrement avec Carmalière, mais c’était toujours au sujet de désaccords politiques.

    En dehors de cela, la cohabitation se déroulait sans heurt. En tout cas, tant que Barne prenait bien garde à ne plus surprendre ses camarades en pleins ébats… Le canapé était bien assez confortable pour lui, mais malheureusement, les murs étaient fins et il lui arrivait encore d’entendre les « grognements de bête sauvage »… Pour se changer les idées, il se plongeait alors dans l’étude du document sur l’affaire Ovart qu’il avait volé à la Bibliothèque Nationale des Prud’Orques.

    Il n’entendait pas grand chose au jargon juridique utilisé, mais pour ce qu’il en comprenait, le cœur de l’affaire était lié à l’un des nombreux droits du travail qui avaient depuis été largement rabotés par les gouvernements libéraux successifs. Avec une certaine amertume, il devait bien reconnaître que cela apportait de l’eau au moulin de la FNT.

    — M’étonne pas, grommela Zarfolk lorsque Barne lui fit part de ses conclusions fort décevantes. Tous des salauds…

    Tous deux continuaient à s’occuper ensemble du jardin et de l’organisation de la collocation. Cela donnait l’impression à Barne d’être utile sans pour autant devoir participer aux combines de Carmalière.

    Parfois, l’un ou l’autre des membres de la compagnie s’absentait de la maison. Barne se demandaient où leurs recherches pouvaient bien les mener, surtout en considérant le fait qu’ils étaient des fugitifs avec leurs photos régulièrement affichées dans les journaux télévisés.

    — Où est-ce qu’ils peuvent bien aller ? demandait-il parfois à Zarfolk.

    — J’en ai rien à carrer, marmonnait celui-ci en général.

    — Ouais… Ouais, moi pareil.

    En vérité, Barne était rongé par la curiosité. Lorsqu’il apercevait l’un ou l’une de ses camarades rentrer d’une de ces escapades, il ne pouvait s’empêcher de jeter des coups d’œil discrets dans sa direction : il espérait déceler ainsi un indice, quelque chose qui lui indiquerait l’avancement de leurs recherches.

    — Salut Barne, fit un soir Amélise en passant le seuil de la porte et en croisant son regard furtif. Tu as besoin de quelque chose ?

    — Non non…

    — Tu sais, si tu veux savoir ce qui se trame ici, tu n’as qu’à demander.

    — Vos petites affaires ne me concernent pas.

    — Comme tu voudras.

    Elle s’éloigna à l’étage, dans la chambre qu’elle partageait avec Milia… Ou plutôt, qu’elle avait partagé, au départ, car Milia dormait désormais avec Pod. Barne avait d’abord eu l’impression qu’il s’agissait d’un « coup d’un soir », d’une aventure sans lendemain. Cependant, il semblait que ses deux camarades eussent décidé de continuer à s’ébattre joyeusement. Grand bien leur fasse, pensait Barne.

    Il lui arrivait encore de fumer en compagnie du gnome. Comme il se refusait à donner l’impression d’être intéressé par l’Épée des Serfs, Barne orientait en général leurs discussions sur la relation de Pod avec Milia. Un soir, après une autre après-midi de jardinage, il lui fit remarquer au détour d’une pause cigarette :

    — Tout de même, elle a presque quatre fois ton âge.

    — Pour une elfe, répondit le gnome avec philosophie, ça ne fait pas tant que ça.

    — Même en prenant en compte les longévités respectives, ça fait quand même une sacrée différence.

    — Qu’est-ce que tu veux, fit le gnome avec un sourire en coin, ça doit être le fantasme de l’institutrice…

    — Pitié, dit Barne en levant les yeux au ciel, dis-moi que tu ne l’appelles pas « maîtresse »…

    Pod éclata de rire. Barne eut un sourire amusé et le laissa à son hilarité. Le jardinage de la journée lui avait donné soif et il se dirigea vers la cuisine pour aller se chercher un verre d’eau.

    Arrivé dans le hall de la maison, il entendit les voix d’Amélise et de Milia en provenance de la cuisine. Elles avaient leurs habituelles intonations de conspiratrices et Barne s’approcha de la porte sans faire de bruit pour écouter.

    — Tu sais que nous avons besoin de lui, murmurait Milia. Il ne le sait pas encore, mais il est d’une importance capitale.

    — Pourquoi Carmalière ne le met-iel tout simplement pas au courant ? renchérit Amélise. Et pourquoi ne nous dit-iel pas, à nous, en quoi il est important ?

    — Iel doit avoir ses raisons. Tu connais Carmalière… S’iel ne nous dit rien, c’est que nous n’avons rien à savoir.

    — Tu lui fais vraiment confiance à ce point ? Tu vois, je prends toujours la défense de Carmalière, comme toi, mais…

    — Oui, coupa Milia. De toute manière, j’insiste : tu devrais vraiment t’activer pour convaincre Barne de se joindre à nous, sinon on ne pourra jamais avancer.

    Son nom avait été lâché et Barne avait la confirmation de ce qu’il pressentait : c’était de lui qu’elles parlaient. Voilà qui devenait très intéressant…

    — Je fais ce que je peux, protesta Amélise. Je te rappelle qu’il y a quelques jours, il était prêt à se rendre à la police : cette éventualité semble écartée, c’est déjà pas mal. Pour le reste… je vois bien qu’il est curieux, mais il est aussi incroyablement borné ! Il préférerait jouer les snobs jusqu’à la mort plutôt qu’admettre que notre projet a quelque chose d’excitant !

    Barne sentit ses joues rosir alors même qu’il était plongé dans la pénombre du hall, sans âme qui vive pour le voir. Amélise avait ce talent énervant pour voir derrière les apparences, pour deviner ce qui se tramait dans l’esprit des gens qu’elle croisait. Ou peut-être était-ce juste Barne qui était un piètre acteur.

    — Et puis, dis voir, ajouta Amélise, pourquoi ce serait nécessairement à moi de le convaincre ?

    — Parce que tu es celle qui a les meilleures relations avec lui !

    — Ah ! C’est beaucoup dire… Si on arrive à se parler dix minutes sans se jeter à la gorge l’un de l’autre, c’est déjà beau.

    — C’est facilement neuf minutes de plus que ce que Carmalière et moi arrivons à faire. Mince, Amé, il en est réduit à se ruiner les mains en jardinant avec Zarfolk tous les jours ! Il n’y a qu’à le pousser un peu et il nous tombe tout cuit dans les bras !

    — Tu commences à me gonfler léger, Milia. Si c’est si facile, fais-le. Après tout, pour ce qui est de tomber tout cuit dans les bras, tu t’es bien débrouillée avec Pod.

    Il y eut un silence pesant. Barne pouvait sentir la tension à travers la porte.

    — Désolée, ajouta piteusement Amélise après quelques instants, c’était déplacé.

    — Je trouve, oui, répondit sèchement Milia.

    — En attendant, moi, je commence à en avoir ras la couenne de jouer aux manipulatrices. À quoi est-ce que ça ressemble, à la fin ? Des fois, je me dis que c’est Zarfolk qui a raison au sujet de Carmalière.

    — Oh ça va, on sait que tu l’adores, ton Zarfolk ! N’empêche que si on veut la récupérer, cette foutue épée, il nous faut Barne. Alors débrouille-toi !

    Les pas de Milia qui quittaient la pièce par la porte qui menait au salon firent légèrement craquer le plancher. Barne, inquiet qu’Amélise ne passe quant à elle par le hall et ne tombe nez-à-nez avec lui, repartit discrètement vers le jardin.

    Il ne savait plus quoi penser. Cette conversation était ouvertement déroutante et il essayait de mettre de l’ordre dans ce qu’il avait appris : on lui prêtait une importance dont lui-même ignorait la nature ; Amélise était moins sous la coupe de Carmalière que ce qu’il avait imaginé ; Milia était une vraie peste – ça, il l’avait déjà plus ou moins compris auparavant ; visiblement, Amélise était chargée de le convaincre en douceur de se joindre à la recherche de l’Épée des Serfs.

    Son intérêt pour la quête en question était bien entendu décuplé à présent : il allait falloir qu’il en apprenne plus. Néanmoins, il n’avait pas la moindre intention de leur « tomber tout cuit dans les bras » : il appréciait très peu la manipulation et comptait bien apprendre en quoi sa présence était capitale avant de se lancer dans une quelconque aventure. Il avait entendu trop d’histoires où le héros était « d’une importance capitale » parce qu’il devait mourir à la fin à cause d’une prophétie idiote, ou se sacrifier pour la cause par grandeur d’âme. Hors de question pour lui de se faire avoir si facilement.

    S’il participait, ce ne serait pas comme dindon de la farce : ce serait en connaissance de cause.


    Le jour suivant, ce fut avec ce petit sentiment de supériorité procuré par la certitude d’avoir un coup d’avance que Barne se leva. Il prit, comme chaque matin, son petit déjeuner sur la table de jardin qui jouxtait la porte d’entrée de la maison, à l’ombre des arbres. La matinée d’été était douce et tiède.

    Amélise et Milia se levèrent peu après lui et s’assirent à sa table. La plupart du temps, Barne s’arrangeait pour rester seul et pour éviter de parler aux autres habitants de la maison – à l’exception notable de Zarfolk qui avait l’avantage de se ficher complètement des plans de Carmalière. Cette fois, pourtant, il se dit que c’était une belle occasion d’observer, goguenard, les tentatives plus ou moins fines d’Amélise et Milia de le rallier à leur cause.

    — Belle journée, n’est-ce pas ? lança-t-il à la cantonade.

    Les deux amies se regardèrent avec incrédulité : Barne était rarement aussi démonstratif, surtout le matin.

    — Très belle, effectivement, fit Milia.

    — D’ailleurs, on sort, aujourd’hui, ajouta Amélise. On va faire un petit tour en ville. Ça t’intéresse ?

    — Oh. Non, merci. Je dois m’occuper du potager avec Zarf.

    — Zarf ? dit Milia avec un air amusé. S’il t’entend l’appeler comme ça, c’est toi qui va finir dans le potager…

    — Tu n’en as pas marre de rester à la maison ? tenta Amélise. Tu n’es pas sorti depuis qu’on s’est réfugiés ici.

    — C’est plus prudent, non ? argua-t-il. On est recherchés, je vous le rappelle. Si vous voulez aller crapahuter dans les rues de la capitale alors que tous les gens un tant soit peu connectés ont votre portrait en tête, libre à vous. Je préfère jouer la sécurité.

    — On est capables de modifier nos apparences, tu sais, dit Amélise. La tienne aussi, si tu le souhaites.

    — Ma tête me convient très bien comme elle est, dit Barne en souriant avant de boire nonchalamment une gorgée de café.

    Il était content de son effet : l’elfe et la fée semblaient désemparées et entamèrent leur petit déjeuner en silence. Même Milia en oublia de lancer une plaisanterie sur la tête de Barne – par exemple en lui indiquant qu’elle n’aurait jamais dû convenir à qui que ce soit.

    Après quelques minutes, Amélise engagea la conversation avec sa camarade.

    — Bon. Quel est le programme ?

    — Eh bien, après nos repérages à la Fabrique Adabra, je suggère qu’on…

    — La Fabrique Adabra ? coupa soudain Barne sans le vouloir.

    Mince. Il s’était pourtant promis de ne montrer aucun signe d’intérêt. La Fabrique Adabra était une chaîne de supermarchés très connue, une sorte de magasin de bricolage mais dédié aux objets magiques. Boo’Teen Corp, l’entreprise où Barne et Carmalière travaillaient – ou plutôt, avaient travaillé jusqu’au week-end précédent – était un des fournisseurs de la Fabrique Adabra.

    — Oui, dit Milia en sautant sur l’occasion. Carmalière pense que l’Épée des Serfs se trouve dans un des laboratoires de la Fabrique. Pourquoi, tu sais quelque chose à ce sujet ?

    — Sur la Fabrique Adabra ? dit Barne en levant un sourcil. Il y a des magasins dans toutes les grandes villes de Grilecques. Qui ne connaît pas ? Qu’est-ce que tu veux donc que je sache que tu ne saches pas déjà ?

    Oh non, pensa-t-il. Était-ce juste cela, l’importance capitale qu’on lui prêtait ? Parce qu’il était employé chez Boo’Teen Corp, il devait avoir des informations confidentielles sur la Fabrique Adabra ? Si c’était cela, ils allaient tous être déçus…

    Pourtant, non, se dit-il. Ça ne pouvait pas être cela, puisque Carmalière aussi était un employé de Boo’Teen Corp. Et, maintenant qu’il y réfléchissait, sans doute à un poste plus élevé que le sien.

    — En tout cas, dit-il d’un air faussement blasé, si on peut trouver l’Épée des Serfs au supermarché du coin, ça désacralise vachement la légende…

    — Ne joue pas l’idiot, dit Milia. On parle d’un laboratoire de recherche et développement, pas d’un rayon de magasin.

    — D’après le rapport qu’on a récupéré à la BNPO, poursuivit Amélise, la dernière transaction connue autour de l’Épée des Serfs remonte aux années cinquante. Un vieil orque rentier l’aurait trouvée dans le grenier d’un des domaines familiaux et l’aurait revendue à Sabrelo.

    — Sabrelo qui, si tu te souviens bien, reprit Milia, est une vieille marque d’épées magiques. Marque qui a été rachetée il y a une bonne vingtaine d’années par…

    — La Fabrique Adabra, conclut Barne à contre-cœur.

    — Tout juste, dit Amélise qui souriait devant un Barne inhabituellement loquace. On suppose que l’Épée est conservée dans un des départements R&D de la boîte. Probablement ici-même, à Sorrbourg. On a quelques lieux en vue, dont un en particulier qu’on doit vérifier.

    — Ce serait logique, renchérit Milia. Ce genre d’entreprise compte beaucoup sur son patrimoine pour développer de nouveaux objets magiques. La magie de l’Épée des Serfs est d’un type particulièrement rare et sophistiqué – celle des elfes, sans vouloir m’envoyer des fleurs. Je doute que quiconque soit capable d’en percer les mystères, mais je ne serais pas surprise si des magénieurs ne continuaient pas à l’étudier aujourd’hui encore.

    — Donc si je résume, fit Barne, vous espérez identifier dans quel laboratoire exactement elle se trouve et, j’imagine, y entrer par effraction pour la voler ?

    — On pourrait aussi faire une pétition pour leur demander de la rendre, ironisa Milia, mais oui, c’est l’idée.

    Barne ne répondit pas et les deux femmes se turent également. Les doux bruits du vent dans les arbres et des gazouillements d’oiseaux troublait à peine le silence. Barne réfléchissait : s’il en avait appris plus sur les projets de ses camarades, il n’était en tout cas pas plus avancé sur ce qui le rendait si important à leurs yeux.

    — Eh bien, dit-il en se levant, amusez-vous bien.

    Et, satisfait par les expressions de déception qui s’affichaient sur le visage des deux femmes, il rentra à l’intérieur de la maison sans leur laisser le temps de répondre.


    Amélise et Milia avaient quitté la propriété sans adresser un mot de plus à Barne qui avait pourtant pris soin de rester assis dans le salon dans l’espoir d’hameçonner de nouvelles révélations.

    Zarfolk ne leur ayant jamais rendu leurs téléphones portables, Barne ne pouvait lire les actualités en ligne : il n’avait d’autre choix que de regarder l’insipide journal télévisé. Ou alors, comme c’était le cas cette après-midi-là, il pouvait se rabattre sur le journal que Zarfolk recevait chaque jour. Il s’agissait de « L’Alliance magique », une gazette à l’orientation politique que Barne aurait qualifiée d’extrême-gauche : ce n’était pas franchement sa tasse de thé, mais c’était mieux que rien.

    — On lit « L’Alliance », hein ? remarqua l’ogre en entrant dans le salon.

    — Faute de m… commença Barne mais il se ravisa en se disant qu’il n’était pas très respectueux – ni prudent, d’ailleurs – de parler ainsi des lectures de son hôte. Euh, oui, c’est… intéressant.

    L’ogre éclata de son rire sonore que Barne avait appris, au fil des jours, à accueillir sans sursauter.

    — Ça va, arrête ton char, pélo ! On peut pas tous aimer les mêmes feuilles de chou, pas vrai ? Une partie de cartes, pour te changer les idées ?

    — Avec plaisir, dit Barne avec soulagement.

    Même s’il devait reconnaître que Zarfolk s’était avéré être un hôte de qualité, ses préjugés sur les ogres refaisaient surface régulièrement.

    — Puis-je me joindre à vous ? fit une voix derrière Barne.

    Carmalière s’était avancé dans la pièce. Iel n’avait pas pris son repas de midi avec eux et, pour ainsi dire, Barne ne l’avait pas vue de la journée. Pas plus que Pod, se dit-il.

    — Oh, fit Zarfolk en plissant les yeux, si nous avons le roi de la manipulation à notre table, nous ferions tout aussi bien de jouer au poker.

    — Je ne sais pas si je dois me sentir flattée ou insulté.

    — Sans aucun doute les deux, grinça Zarfolk.

    — Eh bien soit, fit Carmalière. Allons-y pour un poker.

    — Je n’ai pas d’argent sur moi, dit piteusement Barne.

    — Y’a pas de lézard, fit Zarfolk. Je n’plaisantais qu’à moitié sur le « roi d’la manipulation ». Pas trop jouasse à l’idée de me faire détrousser : on va utiliser des jetons.

    — Et si l’on… corsait un peu le principe, qu’en dites-vous ?

    Carmalière avait le regard pétillant et Zarfolk répondit avec une certaine inquiétude dans la voix :

    — Je ne sais pas à quoi tu penses, mais je sens que ça ne va pas me plaire.

    — Oh, c’est bon enfant : je propose que le vainqueur de chaque manche puisse poser une question au joueur de son choix… et que le joueur soit alors obligé de répondre… sans mentir.

    — Ah oui, ricana Zarfolk, j’aimais bien ce jeu-là, avant. Ensuite, je suis rentré à l’école primaire et j’ai commencé à trouver ça naze.

    — Certes, mais tu n’avais pas à ta table un magicien capable de jeter des sorts de vérité aux joueurs.

    — T’es pas sérieuse ?

    — Pourquoi pas ? Je peux générer un dôme sous lequel chaque personne devient incapable de mentir.

    — Tu crois vraiment qu’on va…

    — Oui, coupa Barne. J’veux bien. Jouons à ça, ça peut être marrant.

    Zarfolk le regarda avec de gros yeux. Quel genre de doux dingue pouvait donc vouloir se jeter gaiement dans un jeu si ouvertement vicieux ? Barne, lui, voyait là une occasion en or de tirer les vers du nez de la magicienne… tout en étant certain de l’honnêteté de ses réponses.

    Devant un Barne qui restait de marbre et un Carmalière au sourire facétieux, Zarfolk finit par baisser les bras :

    — Oh et puis hein… c’est pas comme si j’étais le plus menteur des trois. Enfin, toi, petit, j’te connais pas assez. Par contre, j’en connais un qui ferait mieux d’avoir des bonnes mains ou de savoir bluffer.

    — Je compte sur les deux, fit Carmalière en s’asseyant dans un des larges fauteuils à côté de la table basse.

    — Mais j’y pense, remarqua Barne. Comment peut-on être sûr que vous n’allez pas, euh… tricher ? Je veux dire, avec votre magie.

    — C’est seulement maintenant que tu poses la question ? se moqua Zarfolk. T’es moins futé que ce que j’avais cru…

    Il agita un jeu de carte avant de le poser sur la table.

    — Jeu de carte intrucable, annonça-t-il. Même par la magie du plus doué des magiciens. Notre vieux Carmalin est d’ailleurs loin d’être le plus doué, j’peux te l’garantir. De mémoire, le jeu est même sensible aux tours de passe-passe non magiques… autant dire que celui qui trichera avec ça n’est pas encore né.

    — Ah oui, dit Carmalière sans relever l’insulte, je me souviens de ce jeu de cartes. Formidable, formidable… C’est Amélise qui l’a ensorcelé, pas vrai ?

    — T’occupe, trancha Zarfolk. Tiens, Barne, distribue donc la première donne.

    Carmalière n’avait pas l’air spécialement déstabilisée par la présence de ce jeu de carte incorruptible à ses propres pouvoirs, remarqua Barne. Si Amélise l’avait ensorcelé, était-il possible qu’elle y ait laissé une faille que pourrait exploiter la magicienne ? L’éventualité ne semblait pas troubler Zarfolk.

    Alors que Barne regardait le jeu qu’il s’était lui-même distribué et y découvrait avec dépit un deux de cœur et un sept de carreau, Carmalière leva les bras en l’air. Il y eut un souffle tiède et un halo circulaire les enveloppa tous les trois. Barne eut une sensation de chaud au niveau des poumons et des cordes vocales, et il sut qu’il était désormais incapable du moindre mensonge.

    — Vous êtes manipulateur et peu fiable, fit Barne en s’adressant au magicien. Hahaaa ! Ce que je viens de dire est la vérité ! Ça fait mal, hein ?

    — Du calme, mon cher Barne. Même la plus puissante des magies ne pourrait offrir l’omniscience : tout ce que cela prouve, c’est que ce que tu viens dire est exactement ce que tu penses… et ça me peine, d’ailleurs. Tu peux me croire, puisque moi aussi, je suis forcée à l’honnêteté.

    — Vous voulez encore tester ta petite performance pendant une heure ou deux, ou on s’y met ? demanda Zarfolk avec impatience.

    — Allons-y, acquiesça Carmalière.

    Iel lança un jeton sur la table suivi par Zarfolk qui en lança deux.

    — Je suis, dit Barne qui comptait bien voir le flop avant de se coucher.

    Carmalière compléta sa blinde. Zarfolk quant à lui ne surenchérit pas et retourna les trois premières cartes communes : un roi, un dix et un cinq. Rien qui n’arrangeait le jeu déjà pas fameux de Barne.

    — Je relance de dix, annonça Carmalière en ajoutant deux jetons sur la pile.

    — Sans moi, fit Zarfolk en posant ses cartes sur la table.

    — Ni moi, dit Barne en faisant de même.

    — Oh, fit Carmalière d’un air déçu. On joue les prudents dès la première manche ? Je ne savais que vous étiez des gagne-petit…

    — Garde tes réflexions et pose donc ta question vérité, grommela Zarfolk.

    Carmalière ramassa les huit jetons sur la table et regarda alternativement Barne et Zarfolk. Il semblait réfléchir à qui poser sa question.

    — Mon cher Zarfolk, dit-il finalement. Voici ma question : pourquoi refuses-tu toujours de te joindre à notre compagnie ?

    L’ogre éclata de rire.

    — Hahaha ! Tu gaspilles tes questions, le magos. Tu crois vraiment que tu as besoin d’un sort pour que je te dise la vérité à ce sujet ? Je pensais que tu me connaissais suffisamment pour savoir la réponse. Enfin, puisque c’est demandé gentiment… et sous contrôle d’un huissier.

    Zarfolk agita les bras vers le halo qui faisait effectivement office d’huissier dans le contexte de leur jeu.

    — Je suis, comme tu dois l’savoir si t’écoutes un tant soit peu c’que j’raconte, anarcho-pacifiste… je considère toute forme d’autorité comme inacceptable parce qu’elle implique mécaniquement une forme de violence. Ta quête, aussi noble soit-elle, tu la bases entièrement sur une violence que tu juges légitime. Grand bien t’en fasse. Mais sans façon pour ma part. Je ne lutterai pas contre une autorité illégitime avec ses propres armes quand je les trouve tout autant illégitimes. Ça répond à ta question ?

    — Oui… mais si…

    — Hé ! T’as grillé ta question. Manche suivante.

    Carmalière ravala sa remarque et distribua les cartes. Barne obtint cette fois un six de cœur et un sept de trèfle. Zarfolk et lui posèrent leurs blindes, Carmalière égalisa la mise et Zarfolk compléta la sienne. Le flop consista en un neuf, un as et un huit. Barne avait presque une suite.

    — Dix de plus, annonça Zarfolk.

    — Vingt pour moi, dit Barne en posant quatre jetons au milieu.

    — Hahaaaa, on se déride ! lança Carmalière en souriant. Allez, je suis.

    Zarfolk fit de même. La quatrième carte commune révélée fut un deuxième as. Aïe, pensa Barne.

    — Je relance de cinquante, dit Zarfolk.

    — Je me couche, dit un Barne dépité.

    — On a touché son brelan d’as, hein ? ironisa Carmalière. Je me couche aussi.

    — Bien bien bien, dit Zarfolk en souriant et en faisant craquer ses doigts.

    Il ramassa les jetons et planta sur Carmalière ses grands yeux sombres surmontés de ce front proéminent et broussailleux de sourcils noirs.

    — Ma question est simple : Carmalière, es-tu prêt à sacrifier la vie de tes compagnons sans hésiter pour faire avancer la cause ?

    La magicienne garda le silence un instant et déglutit avec difficulté. Iel ouvrit la bouche mais les mots qui en sortirent n’étaient pas ceux qu’iel aurait voulu.

    — Oui, murmura-t-iel.

    Et, après quelques secondes pendant lesquels Zarfolk afficha un sourire satisfait, iel ajouta :

    — Mais pas sans hésiter.

    — Ça leur fera une belle jambe, dans leurs tombes, railla Zarfolk. Continuons.

    Il distribua à son tour les cartes. Barne commençait à comprendre que ce petit jeu avait avant tout pour but de permettre à Carmalière et Zarfolk de régler leurs comptes : lui avait la sensation d’être un simple spectateur. Sensation qui ne se trouvait d’ailleurs pas améliorée par le fait qu’au bout de plusieurs minutes de jeu, il n’avait toujours pas gagné la moindre manche.

    Le magicien et l’ogre continuaient à interroger leurs visions respectives du militantisme :

    — Existe-t-il quelque chose qui pourrait te faire changer d’avis et faire que tu nous rejoignes ?

    — Rien, trancha Zarfolk d’un air dur.

    — Existe-t-il quelqu’un qui…

    — Question suivante ! aboya l’ogre.

    Barne, en difficulté, n’avait pratiquement plus de jetons. Lorsqu’il piocha une paire de deux, il se dit que c’était sa dernière chance. Le flop révéla une as, une dame… et un deux.

    — Tapis, dit Barne, ce qui n’avait rien d’impressionnant puisque son tapis consistait en cinq petits jetons.

    — On tente le tout pour le tout, hein ? dit Zarfolk. Ça fait vingt-cinq, c’est ça ? Je te suis.

    — Moi aussi, dit Carmalière. Voyons si notre Barne est en train d’abréger ses souffrances ou de tenter de se refaire…

    Les deux autres cartes furent un valet et un six. L’heure des révélations était venue.

    — Paire de dame, annonça Carmalière d’un air satisfait en dévoilant une dame et un quatre.

    — Que dalle, dit Zarfolk en envoyant un trois et un quatre valser sur la table.

    — Brelan de deux, fit Barne en souriant.

    Zarfolk eut une exclamation amusée devant l’air surpris de Carmalière. Barne était ravi. Pas pour les quelques jetons qu’il allait pouvoir récupérer par ce coup gagnant, mais pour la question qu’il allait pouvoir poser : la question qui lui brûlait les lèvres et dont il allait avoir une réponse qui ne pouvait qu’être honnête.

    Il fit face à Carmalière. Cellui-ci affichait un visage serein. Était-ce une façade ? Pouvait-iel s’attendre à ce que Barne pose cette question ?

    — Carmalière… j’ai entendu Amélise et Milia parler de moi l’autre soir. Apparemment, vous êtes convaincue que je suis… comment ont-elles dit, déjà ? Ah oui, « d’une importance capitale ». Alors, maintenant que nous sommes face à face et que vous ne pouvez plus mentir, je voudrais savoir : pourquoi ? En quoi suis-je d’une importance capitale pour votre quête de l’Épée des Serfs ?

    Il avait prit soin de peser chaque mot pour être certain que Carmalière ne pourrait y répondre de manière détournée, en faisant exprès de comprendre une expression de travers.

    Il y eut un silence de mort dans la pièce. Zarfolk ne souriait plus et fixait Carmalière avec les yeux plissés, comme s’il s’attendait à une énième entourloupe. Carmalière, quant à iel, avait gardé un visage impassible. Iel était décidément fait pour le poker…

    Iel prit une respiration et ouvrit la bouche…

    — La raison pour laquelle…

    Iel ne put finir pas sa phrase. Un coup retentit contre la porte d’entrée, comme si quelqu’un s’était jeté contre. Puis, des bruits de clefs, le tremblement paniqué d’un trousseau que l’on cherche à démêler.

    Lorsque la serrure se déverrouilla pour de bon, la porte s’ouvrit à la volée en cognant contre le mur. Carmalière, Barne et Zarfolk échangèrent des regards soudain alertes. Ils se levèrent et se dirigèrent vers le hall d’entrée, rompant le charme de vérité et dissipant le halo qui les enveloppait.

    Amélise était dans le hall, seule, essoufflée et livide. Quelque chose de grave était arrivé, cela se lisait sur son visage.

    — Ils l’ont eue ! s’exclama-t-elle soudain d’un ton paniqué.

    Le sang de Barne se glaça dans ses veines.

    — Milia ! continua Amélise, de plus en plus affolée. Les flics ! Ils l’ont capturée ! Ils seront là d’une minute à l’autre ! Il faut partir, vite !

    ◀◀ Premier chapitre ◀ Chapitre précédent (À suivre…)
  • Monday 05 February 2018 - 10:48

    Serait-ce les sanctions européennes que risque le gouvernement français pour non-respect de ses engagements de lutte contre la pollution atmosphérique qui ont enfin décidé nos élus à enfin prendre au sérieux l’intérêt d'une politique volontariste pour les mobilités actives ? Le Conseil d’Orientation des Infrastructures, sous la présidence de Philippe Duron, a remis ...
  • Monday 05 February 2018 - 10:22
    Et ben voilà, encore une ado qui se suicide à cause du harcèlement de quelques connards pour son orientation sexuelle.
    J'espère que les harceleurs se sentiront coupable pendant longtemps.
    L'homophobie TUE.
    (Permalink)
  • Monday 05 February 2018 - 10:06
    Au moment même où le gouvernement met en place la limitation de vitesse à 80 km/h sur les routes du réseau secondaire, des gendarmes de l’Oise révèlent une astuce toute Lire la suite...
  • Monday 05 February 2018 - 07:42

    Hier notre position dans l’espace géographique était notre affaire et nous pouvions être invisibles aux yeux du monde si nous l’avions décidé. C’est devenu presque impossible aujourd’hui dans l’espace numérique.

    Voici déjà le 4e article de la série écrite par Falkvinge. Le fondateur du Parti Pirate suédois s’attaque aujourd’hui à la question de notre géolocalisation.

    Son fil directeur, comme on peut le voir clairement dans les épisodes précédents  que nous vous avons déjà livrés, c’est la perte de certaines libertés dont nous disposions encore assez récemment, avant que le passage au tout-numérique ne nous en prive.

    Le groupe Framalang a trouvé intéressant de soumettre à votre réflexion les 21 articles qu’il a publiés récemment. Nous nous efforçons de vous les traduire, semaine après semaine. Les commentaires, comme toujours, sont ouverts.

    De l’analogique au numérique : nos enfants ont perdu le droit à la confidentialité de leur position

    Par Rick Falkvinge, source : Private Internet Access

    Traduction Framalang : mo, draenog, goofy et 2 anonymes

    Dans le monde analogique de nos parents, tout citoyen ordinaire  qui n’était pas sous surveillance car suspecté de crime pouvait se promener dans une ville sans que les autorités ne le suivent pas à pas : c’était un fait acquis. Nos enfants n’ont plus ce droit dans leur monde numérique.

    Même les dystopies du siècle dernier (1984, Le Meilleur des Mondes, Colossus, etc.) ne sont pas parvenues à rêver une telle abomination : chaque citoyen est dorénavant porteur d’un dispositif de localisation gouvernemental. Et non content de simplement le transporter, il en a lui-même fait l’acquisition. Même Le Meilleur des Mondes n’avait pas pu imaginer cette horreur.

    Cela a commencé innocemment, bien sûr. Comme c’est toujours le cas. Avec les nouveaux « téléphones portables », ce qui à l’époque signifiait « pas de fil à la patte », les autorités ont découvert que les gens continuaient à appeler les numéros d’urgence (112, 911, etc.) depuis leurs téléphones mobiles, mais qu’ils n’étaient pas toujours capables d’indiquer eux-mêmes où ils se trouvaient, tandis que le réseau téléphonique pouvait désormais de le faire. C’est alors que les autorités ont imposé que les réseaux téléphoniques soient techniquement capables de toujours indiquer l’emplacement d’un client, au cas où il appellerait un numéro d’urgence. Aux États-Unis, ce dispositif était connu sous le nom de loi E911.

    C’était en 2005. Les choses ont rapidement mal tourné depuis. Imaginez qu’il y a seulement 12 ans, nous avions encore le droit de nous balader librement sans que les autorités puissent suivre chacun de nos pas, eh oui, cela fait à peine plus d’une dizaine d’années !

    Auparavant, les gouvernements fournissaient des services permettant à chacun de connaître sa position, comme c’est la tradition depuis les phares maritimes, mais pas de façon à ce qu’ils puissent connaître cette position. Il s’agit d’une différence cruciale. Et, comme toujours, la première brèche a été celle des services fournis aux citoyens, dans ce cas des services médicaux d’urgence, et seul les plus visionnaires des dystopistes s’y seraient opposés.

    Qu’est-il arrivé depuis ?

    Des villes entières utilisent le suivi passif par Wi-Fi1  pour suivre les gens de façon individuelle, instantanée et au mètre près dans tout le centre-ville.

    Les gares et les aéroports, qui étaient des havres respectant notre anonymat dans le monde analogique de nos parents, ont des panneaux qui informent que le Wi-fi et le Bluetooth passifs sont utilisés pour suivre toute personne qui seulement s’approcherait, et que ce suivi est relié à leurs données personnelles. Correction : ces panneaux informatifs existent dans le meilleur des cas, mais le pistage est toujours présent.

    La position des personnes est suivie par au moins trois… non pas moyens mais catégories de moyens différents :

    Actif : vous transportez un détecteur de position (capteur GPS, récepteur GLONASS, triangulation par antenne-relais, ou même un identificateur visuel par l’appareil photo). Vous utilisez les capteurs pour connaître votre position à un moment donné ou de façon continue. Le gouvernement s’arroge le droit de lire le contenu de vos capteurs actifs.

    Passif : vous ne faites rien, mais vous transmettez toujours votre position au gouvernement de façon continue via un tiers. Dans cette catégorie, on trouve la triangulation par antenne-relais ainsi que les suivis par Wi-fi et Bluetooth passifs qui ne nécessitent pas d’autre action de l’utilisateur que d’avoir son téléphone allumé.

    Hybride : le gouvernement vous localise au moment de ratissages occasionnels et au cours « de parties de pêche ». Cela inclut non seulement les méthodes reliées aux portables mais aussi la reconnaissance faciale connectée aux réseaux urbains de caméras de surveillance.

    La confidentialité de notre position est l’un des sept droits à la vie privée et nous pouvons dire qu’à moins de contre-mesures actives, ce droit a entièrement disparu dans le passage de l’analogique au numérique. Nos parents avaient le droit à la confidentialité de leur position, en particulier dans des endroits animés tels que les aéroports et les gares. Nos enfants n’auront pas de confidentialité de position d’une manière générale, ni en particulier dans des lieux tels que les aéroports et les gares qui étaient les havres sûrs de nos parents de l’ère analogique.

    Aujourd’hui, comment pouvons-nous réintroduire la confidentialité de position ? Elle était tenue pour acquise il y a à peine 12 ans.

    La vie privée reste de votre responsabilité.

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